Scripta Varia

Population and Biodiversity

Gérard-François Dumont

Population et biodiversité :
 six enseignements de la science géographique

Sur la question de la biodiversité,[1] deux postulats plus ou moins implicites sont très souvent présents dans la littérature ou dans des discours. Le premier consiste à considérer que « La biodiversité est une donnée de la nature, un capital offert par la nature à l’humanité». Et, comme de nombreuses études laissent penser à une diminution moyenne de la biodiversité dans le monde, il faut en chercher la cause ou plutôt un responsable. L’homme se trouve alors désigné. Ce qui conduit à un second postulat plus ou moins implicite : « L’homme est un empêcheur de biodiversité ». En conséquence, plus le nombre des hommes est élevé, plus la biodiversité serait en péril. Ainsi, l’augmentation de la densité de la population sur la Terre, fruit de la croissance démographique, serait nécessairement malvenue. L’addition de ces deux postulats conduit à penser que le moyen essentiel d’assurer la biodiversité est d’écarter l’homme de la nature, donc de réduire la natalité. Pourtant, nous savons que la croissance démographique des deux derniers siècles n’est nullement due à la hausse de la natalité, celle-ci ayant au contraire fortement baissé, mais aux inédits, imprévus et extraordinaires progrès qui ont fait considérablement diminuer les taux de mortalité et augmenter l’espérance de vie.

D’un autre côté, dans son encyclique Laudato Si,[2] le pape François ne conclut nullement ainsi. Il écrit, en effet, dans le § 50 : « Au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser à un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité. Les pressions internationales sur les pays en développement ne manquent pas, conditionnant des aides économiques à certaines politiques de “santé reproductive”. Mais «s’il est vrai que la répartition inégale de la population et des ressources disponibles crée des obstacles au développement et à l’utilisation durable de l’environnement, il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire ».[3]

Ce qui précède conduit à proposer deux réponses opposées. La première consiste à considérer que limiter, voire réduire le nombre des hommes, assurerait davantage de biodiversité. La seconde pose que la croissance démographique est compatible avec le développement intégral et qu’il faut donner la priorité à la lutte contre la pauvreté pour aller vers une meilleure biodiversité.

Face à cette alternative, qu’est-ce la géographie et la démographie nous enseignent ?

Premier enseignement : la biodiversité n’est pas un capital fixe et stable

Il est souvent considéré que la biodiversité constatée à un moment de l’histoire humaine sur tel ou tel territoire est un capital fixe légué par la nature aux hommes. Or la biodiversité n’est nullement un capital fixe puisque les lois de la nature ne cessent de modifier les ecosystems.[4] D’une part, les espèces ont toutes une durée maximum de vie. Elles naissent, se développent, vivent et disparaissent tout simplement parce qu’elles meurent ou à cause de leur destruction par d’autres espèces, par des catastrophes naturelles ou par l’homme. D’autre part, les composantes de la biodiversité des territoires se modifient continûment. La situation de biodiversité n’est jamais fixe ou stable. Pour durer, il faut changer ; ne durent que les espèces qui évoluent et s’adaptent.

La biodiversité ne perdure que dans la mesure où elle peut se transformer, que ce soit sous l’effet de l’intervention de l’homme ou de sa propre dynamique. Elle n’est jamais en état d’équilibre. Elle change en permanence, ne serait-ce qu’en raison des variations périodiques des climats ou des catastrophes naturelles qui viennent l’agresser (tremblements de terre, inondation, ouragan, sécheresse, éruption volcanique, incendies...) ou des rapports entre les espèces.

L’idée d’une biodiversité qui serait un capital fixe donné à l’humanité est issue d’une vision occidentale et coloniale. Par exemple, au XIXe siècle, de nombreux Occidentaux découvrant l’Afrique ont présenté ses richesses comme « naturelles », donc totalement indépendantes de l’histoire du peuplement de l’Afrique et du rôle des Africains qui n’auraient été que des « sauvages » ne pouvant avoir qu’un comportement incohérent et destructeur. Le rôle de ces « sauvages » dans la situation alors trouvée était totalement ignoré, donc nié. Pourtant, le bon sauvage de Rousseau n’a jamais existé, car il n’existe nulle part de nature qui prodiguerait des bienfaits à un homme qui n’aurait aucun effort à faire. La biodiversité que les Européens ont découverte dans les continents du Sud et qu’ils ont jugée « naturelle » résultait en réalité des héritages des comportements que les populations locales avaient eus au fil des siècles.

Effectivement, contrairement aux croyances souvent répandues ignorant l’histoire de l’humanité sur la planète, il n’y a guère d’environnement « naturel ». Le grand géographe Jean Demangeot titrait son livre Les milieux « naturels » du globe,[5] en mettant des guillemets pour bien signifier qu’il n’existe peu de milieux « naturels » où l’homme ne soit pas intervenu. Par exemple, en France, le paysage de la Bourgogne qui paraît « naturel » est, en réalité, le résultat d’ un considérable travail de défrichage et d’aménagement réalisé au Moyen Âge, sous l’impulsion des moines cisterciens. Autre exemple : les marais breton et poitevin (situés en France respectivement au nord et au sud du département de la Vendée), qui paraissent si « naturels » lors d’une promenade en barque, résultent d’un aménagement humain de marais insalubres, effectué au moyen âge en recourant aux techniques mises au point par les Hollandais. De même, une promenade dans la forêt la plus étendue d’Europe occidentale semble donner le bonheur de parcourir un milieu « naturel ». Pourtant, cette forêt, celle des Landes en Aquitaine, a été entièrement créée par l’homme à partir du XVIIIe siècle.[6]

En apprenant que ces paysages, comme partout ailleurs dans le monde, ont été façonnés par l’homme et doivent leur aménité au fait que ce dernier n’a cessé de les entretenir, qui les qualifieraient pourtant « d’artificiels » sous prétexte qu’ils sont le résultat des modifications apportées par l’homme ?

Il convient également d’écarter la théorie du climax qui continue à inspirer tant d’écrits et parfois de politiques. Selon cette théorie, il existerait une situation, le climax, selon laquelle un sol ou une communauté végétale atteindrait un état d'équilibre stable et durable avec les facteurs édaphiques[7] et climatiques du milieu. Aussi, toute perturbation du milieu, naturelle ou anthropique, détruirait cet état climacique. Puis, en l'absence de nouvelle perturbation, le sol et la communauté végétale évolueraient de nouveau vers leur climax qui serait, sous les latitudes tempérées, la forêt, à l’exception de parcelles où incendies, crues et troupeaux de gros herbivores auraient créé des clairières.

Cette théorie du climax est une fiction rationnelle qui n’a jamais existé et n’existera jamais. Fort heureusement d’ailleurs car cela aboutirait à des écosystèmes monotones, et tendant vers la mono-spécificité, par exemple un sol brun surmonté d'une forêt de chênes et de hêtres sur la majeure partie du territoire français. Mais cette théorie continue à exercer une influence alors que l’on sait que c’est la disparition de certaines espèces qui permet l’apparition de nouveaux organismes, de nouvelles aptitudes, de nouvelles formes d’adaptation.

La nature est un système complexe dans laquelle l’humanité se trouve toujours impliquée depuis des milliers d’années. Il n'existe d'équilibres qu'instables, dynamiques, temporaires et en perpétuel réajustement.

Deuxième enseignement : la biodiversité, non « naturelle », est meilleure avec le travail d’hommes responsables

La biodiversité ne peut se valoriser de façon dynamique que si l’homme y travaille et l’entretient. Prenons l’exemple en France, au sud de Paris, de la forêt de Fontaine-bleau. Le promeneur qui la parcourt ou s’y détend la croit souvent « naturelle », ce qui est un leurre. Et lorsque l’homme a voulu laisser certaines parcelles « naturelles », le résultat s’est révélé fort insatisfaisant comme nous allons le préciser.

Cette forêt de Fontainebleau, qui est actuellement deux fois plus étendue qu’en 1700, résulte incontestablement de l’action des hommes et notamment de «deux grandes vagues de plantation : la première de 1720 à 1794, avec garnissage de 5 000 hectares en feuillus et la seconde, de 1830 à 1847, avec reboisement de 6 000 hectares en pins ».[8] « Sa diversité paysagère relève de la combinaison des conditions du milieu et des multiples gestions décidées appliquées par l’homme depuis l’acquisition par le roi Robert, au début du XIe siècle, de parcelles en « forêt de Brière ». Il en est de même actuellement des arbres classés comme « remarquables » et qui faisaient le bonheur des peintres de Barbizon.[9]

Toutefois, en 1853, ces derniers obtinrent 1 000 hectares de réserves biologiques intégrales dans lesquelles l’homme cesserait d’intervenir afin de protéger les « vieilles futaies de chênes de Colbert », c’est-à-dire les plantations effectuées presque deux siècles auparavant sous le règne de Louis XIV. C’est le résultat inverse qui s’est produit, avec l’élimination progressive du chêne. En effet, la cessation de toute intervention humaine a engendré un accroissement du taux de recouvrement qui augmente l’ombrage des sous-bois et fait péricliter les jeunes plants de chênes héliophiles. En conséquence, les strates inférieures de la chênaie se sont trouvées envahies par des jeunes plants de hêtres sciaphiles,[10] issus des semences des vieux hêtres restants, se substituant aux essences de chênes qu’on pensait préserver.

Comme dans l’exemple ci-dessus de parcelles intouchables de la forêt de Fontainebleau, l’absence de présence humaine est souvent un mal. Ainsi, on a voulu interdire le brûlis comme technique de culture en le vouant aux gémonies, empêchant des hommes d’entretenir des forêts avec une fort utile technique de régénération. L’Australie offre un exemple. Au nom de la biodiversité, ce pays crut bien faire en expulsant d’abord des aborigènes pour créer les parcs naturels de Kakadu et d’Uluru (Ayers rock), sur des terres sur lesquelles l’homme habitait en permanence depuis 40 000 ans. Le résultat ne s’est pas fait attendre : la biodiversité végétale et animale a considérablement reculé. Alors, en 1980, les responsables ont à nouveau permis aux aborigènes d’intervenir, ce qu’ils ont fait avec succès, leur système de feux séquentiels permettant de satisfaire des régénérations favorables à une dynamique de la biodiversité.

Ces exemples montrent que les écosystèmes ne deviennent pas plus divers ou plus durables lorsqu’on écarte les hommes ou qu’on les empêche d’œuvrer. Au contraire, ils perdent de leur biodiversité et deviennent plus sensibles aux catastrophes, par exemple aux incendies et à leur propagation.

Au XVIIe siècle, la France a failli subir une perte considérable de biodiversité sous l’effet de la disparition de ses forêts. La France est alors, et de très loin, le pays le plus peuplé d’Europe, son seul rival démographique étant la Russie. L'équilibre entre les villes et l'élément essentiel de l’environnement du monde rural – le bois – semblent mis en péril. Colbert, ministre de Louis XIV, déclare : « La France périra par manque de bois ». Face à cette crainte, deux réactions sont possibles : l'attitude malthusienne avant la lettre, qui consisterait à souhaiter, voire à encourager une diminution de la population urbaine, pour limiter la déforestation effectuée au profit de villes lointaines et insoucieuses ; l’autre attitude, antimalthusienne, consistant à user des capacités humaines pour enrayer cette déforestation progressive, est favorable à la biodiversité. Colbert choisit le second terme, en considérant deux réalités : d'une part, cette matière première essentielle qu’est le bois est une ressource renouvelable ; d'autre part, les cycles de renouvellement sont longs, pouvant aller d'une vingtaine d'années jusqu'à plus d'un siècle pour des besoins nécessitant des arbres à dimensions conséquentes. Renforçant les politiques de boisement déjà élaborées par le passé, il impose une réformation plus sévère, c'est-à-dire le respect de règles permettant le renouvellement systématique des forêts. Cette action culmine avec l'ordonnance prise par Louis XIV en 1669 sur les Eaux et Forêts. Cette politique a permis de balayer la crainte initiale émise par Colbert.

Suivie et confirmée ensuite au fil des siècles, notamment avec le Code forestier de 1827, elle a contribué à la fois à conserver un bon aménagement forestier et à permettre aux bois français d'assumer leur rôle en faveur de la biodiversité sans que le développement urbain y nuise. Ainsi, la France compte davantage de superficie de bois et forêts au début du XXIe siècle que lors des siècles précédents. Plus précisément, en France, depuis le milieu du XIXe siècle, la superficie des forêts a plus que doublé alors que la population, elle, a quasiment doublé, passant de 36 millions à près de 65 millions d’habitants. C’est le résultat d’une longue anthropisation, des évolutions technique, économique et culturelle qui en ont déterminé au fil du temps les usages successifs des forêts. Ainsi, parce que la société française est devenue, grâce au progrès technique, riche, elle a, par exemple, reconstitué de toute pièce des forêts, comme à l’Aigoual,[11] ou créé de nouvelles forêts, comme celle des Landes en Aquitaine, forêt la plus étendue d’Europe occidentale, entièrement créée par l’homme à partir du XVIIIe siècle.[12]

Si la nature n’est pas ce qui fonctionne en dehors de la volonté ou de l’intervention des hommes, alors elle n’existe pas. L’humanité n’a cessé d’interagir avec la nature. Par exemple, nombre d’espèces qui appartiennent aujourd’hui aux paysages africains n’en sont pas originaires : manioc, mais, taro, manguier, papayer...[13] Autre exemple, les cultures d’aloé vera qui égayent les paysages des Canaries résultent d’une importation dans cet archipel de cette plante par l’homme. La plupart des plantes que l’humanité utilise ne sont pas « naturelles ». Elles sont le produit de millénaires d’interventions de l’homme, à commencer par la sélection de ce que les sociétés humaines trouvaient souhaitables pour satisfaire leurs besoins. Un seul exemple : la diversité actuelle des choux est le résultat de l’œuvre de l’homme à partir d’une seule forme sauvage, Brassica oleracea.[14]

Plus généralement, tous les produits alimentaires consommés par les populations d’aujourd’hui ont été obtenus par les agriculteurs à partir de formes sauvages et rustiques.

Troisième enseignement : Il n’y a aucune corrélation entre la densité de population ou la richesse et le niveau de biodiversité des pays

Certains pensent que la densité de population ou le niveau de PIB par habitant sont inversement proportionnels à la biodiversité. Or, il n’en est rien. Nous avons montré par exemple que, à niveau de développement globalement comparable, les émissions de dioxyde de carbone par habitant ne dépendent ni de l’effectif des populations, ni de la densité de population des pays. Elles dépendent des capacités et de la volonté de bien ou de mal agir sur l’environnement.[15]

Des populations nombreuses, mais responsables, peuvent agir pour une meilleure biodiversité. Des populations peu nombreuses ou délaissant des territoires peuvent se révéler menaçantes pour la biodiversité. Par exemple, là où les terres montagneuses sont délaissées par l’homme, les avalanches sont plus dangereuses et destructrices de biodiversité. C’est le problème des prairies d’altitude, dû aux plantes herbacées qui, n’étant plus broutées par des troupeaux amenés par les hommes, se développent sur plus de 70 cm de hauteur ; sèches à la fin d’été, elles deviennent fortement glissantes. Lorsque les premières neiges tombent sur cette surface lisse, elles ont tendance à glisser, alors qu’une prairie d’altitude broutée et donc utilisé par l’homme ressemble à une brosse dure qui retient la neige.

Prenons l’exemple d’un grand lac des Alpes, le lac d’Annecy. À la suite de déversements d’eaux sales et de produits polluants, sa biodiversité s’était considérablement amoindrie. Effectivement, dans les années 1950, le lac d’Annecy, déversoir naturel des eaux usées de toutes les communes environnantes, est menacé d’eutrophisation[16] par les algues trop nombreuses. Certains présentent alors cette mort lente du lac d’Annecy comme une des conséquences irrémédiables du développement industriel et du progrès économique. Pourtant, le lac d’Annecy a été sauvé et a recouvré une réelle biodiversité. Pourquoi ? Des décisions politiques ont été rendues possibles parce que le nombre de riverains, donc de contribuables, de ce lac a nettement augmenté. Cela a permis de financer de multiples infrastructures et aménagements,[17] donc d’abord d’arrêter la dégradation de la biodiversité, puis de l’améliorer considérablement. Si la population des riverains de ces lacs avait diminué, il n’aurait pas été possible de lever suffisamment d’impôts pour financer non seulement les investissements nécessaires, mais les coûts permanents de fonctionnement des infrastructures et des réseaux. Un raisonnement comparable vaudrait pour le lac Léman (ou lac de Genève) ou pour les nombreuses villes investissant en faveur de la biodiversité.

Ainsi, la croissance démographique, résultat des progrès conduits depuis deux siècles, peut créer des obligations favorables à la biodiversité.

Quatrième enseignement : l’analyse des évolutions démographiques suppose de faire preuve d’une grande humilité

L’analyse de la littérature sur les questions démographiques et leurs conséquences pullulent de textes et de livres dont l’histoire a totalement démenti les analyses, de Platon,[18] dans La République, Les Lois ou le Timée, au XXIe siècle, en passant par Machiavel ou Malthus. Il convient toutefois d’être indulgent pour les auteurs les plus anciens qui ne disposaient pas de statistiques démographiques et ne pouvaient connaître les processus que la science démographique a mis depuis en évidence.

Pour illustrer la crainte des maux que produiraient nécessairement un nombre élevé d’hommes, citons seulement deux exemples, pris volontairement parmi des auteurs aujourd’hui disparus : John Graunt au XVIIe siècle, et, au XXe siècle, René Dumont.

En 1662, voici comment l’anglais John Graunt, le premier avoir rédigé un traité scientifique de démographie,[19] voit les risques d’une population urbaine trop nombreuses : « Je me suis demandé si une ville, en devenant plus peuplée, ne devient pas, justement à cause de cela, plus insalubre. J’incline à croire que Londres est aujourd’hui plus insalubre que jadis en partie parce qu’elle est plus peuplée, mais surtout parce que, comme je l’ai entendu dire, on brûlait à Londres, il y a 60 ans, peu de charbon, et qu’aujourd’hui il est utilisé universellement ».[20]

Pour John Graunt, l’avenir de cette population qui se concentre à Londres est fort inquiétant. La surmortalité est considérable en raison des nombreux facteurs qu’il inventorie : variole, varicelle, rougeole, vers, peste, etc. Elle est supérieure à celle des territoires environnants, donc des campagnes à densité de population nettement moins élevée et où les maladies se diffusent moins rapidement. L’examen des spécificités démographiques de la ville conduit John Graunt à la conclusion suivante : la ville est moins salubre que la campagne, ce qu’il formule ainsi : « la province est plus salubre que la cité ».[21] Les « fumées, vapeurs et puanteurs » de la ville en seraient la cause. Au regard du mouvement naturel, la population de Londres, que John Graunt évalue à 384 000 habitants,[22] diminue car il y a plus de décès que de naissances. Dans ce contexte, la ville de Londres, enregistre néanmoins une croissance démographique grâce à « l’immigration des provinciaux ».

Contrairement aux craintes, justifiées par la situation de 1662 à Londres,[23] d’une aggravation de la situation si la population continue d’augmenter[24] et si la consommation d’énergie s’accroît parallèlement, les hommes ont réussi à créer des conditions d’environnement urbain permettant de réduire de façon extraordinaire les facteurs de mortalité que John Graunt avait identifiés à Londres. Et la biodiversité est plus que jamais présente à Londres dans ses grands parcs de centre-ville.

Trois siècles plus tard, en 1966, l’agronome français René Dumont, expert auprès de la FAO,[25] publie avec Bernard Rosier un ouvrage titré Nous allons à la famine.[26] À cette occasion, il répond aux questions d’un journaliste dans les pages du Figaro Agricole et craint une famine généralisée en 2000 : « Aujourd’hui, j’affirme qu’il existe, avant 1980, le risque d’une famine largement généralisée à travers la majorité du tiers monde (...) Au rythme actuel, 80 % de la population du globe sera sous-alimentée en l’an 2000 ! ». Il est vrai que le contexte dans lequel se trouve le monde peut inquiéter : la famine en Chine a causé près de 30 millions de morts ; des épisodes de disette se déroulent périodiquement en Asie du Sud-Est et en Afrique sub-saharienne. Et, du côté de la démographie, le taux d’accroissement naturel moyen des populations du monde s’est accru : aussi, entre 1920 et 1970, la population dans le monde a doublé pour atteindre 3,6 milliards.

Reprenant la raisonnement de Malthus énoncé en 1798, René Dumont est donc catastrophé : « Nous assistons impuissants à une course de vitesse entre la croissance de la population et l’augmentation de la production agricole ». Il préconise l’élévation de la production agricole dans le tiers-monde et dans les pays développés, mais assorti d’un impératif : « Obtenir une prise de conscience mondiale de la nécessité de limiter les naissances ». Anti-nataliste, René Dumont ira plus loin dans un ouvrage ultérieur, L’utopie ou la mort,[27] enjoignant aux pays développés de tendre en premier lieu vers une croissance zéro, en supprimant toutes les dispositions publiques en faveur de ceux qu’il désigne comme des « procréateurs irresponsables ». Bref, il appelle à la suppression de toutes les mesures existantes de politique familiale.

Heureusement, la catastrophe annoncée par René Dumont ne s’est pas produite.[28] De 1966 à 2000, le taux de sous-alimentation ne s’est pas accru de 50 points (de 30 % à 80 %) mais a reculé de 16 points, tombant à 14% – ce qui est évidemment encore trop –, alors qu’en même temps, le nombre d’habitants a atteint 6 milliards en l’an 2000.

En réalité, René Dumont ignore ou veut ignorer au moins deux éléments. Le premier est que la terrible famine chinoise ne s’explique nullement par la forte croissance de la population de la Chine dans les années 1950, croissance qui s’explique essentiellement par le fait que ce pays a retrouvé une période de paix après des décennies de guerre civile dramatique pour la population et coûteuse pour l’économie. La famine chinoise du tournant des années 1960 s’explique exclusivement par une politique gouvernementale erronée, le « grand bond en avant », c’est-à-dire une collectivisation forcée de l’agriculture[29] qui s’est traduite par un effondrement de la production agricole. Second élément des années 1960 : le taux moyen de croissance démographique est élevé. Mais, précisément, en raison du processus de transition démographique, ce taux, en moyenne mondiale, est en train d’atteindre un maximum, avant d’entamer une décélération progressive se traduisant par une diminution de moitié dans le demi-siècle suivant.

En réalité, René Dumont n’a fait que formuler une crainte de surpeuplement ou de surpopulation, c’est-à-dire la crainte que la population de la Terre soit trop importante par rapport à son potentiel.

Cette crainte, récurrente au fil de l’histoire, a par exemple engendré, à la fin du XIXe siècle, des militants de la « grève des ventres », au moment où la planète comptait nettement moins de deux milliards d’habitants. Elle a perduré depuis le XXe siècle, même après la mise en évidence de la logique de la transition démographique. De nombreux livres des années 1960 et 1970, largement diffusés, prophétisent des désastres et des catastrophes humaines relativement proches que l'histoire n'a pas confirmés, même si le monde a connu des vicissitudes.

Cette crainte de la surpopulation est généralement fondée sur trois méconnaissances. La première est celle des mécanismes démographiques, consistant à croire que la croissance démographique de la population dans le monde depuis deux siècles s’expliquerait par une augmentation de la natalité, alors qu’elle est due à la baisse de la mortalité et aux progrès considérables qui ont, par exemple, vu reculer la mortalité infantile jusqu’à plus de 99 % dans les pays les plus avancés. Cette baisse de la mortalité est due à des hommes remarquables comme le scientifique et médecin anglais Jenner (Edward) (1749-1823) ou le biologiste et chimiste français Louis Pasteur (1822-1895). Jenner est le premier à avoir trouvé le moyen d’immuniser l’homme contre la variole par inoculation de la vaccine en 1796,[30] Pasteur le premier à avoir apporté la preuve de l'existence de germes comme source de nombreuses maladies infectieuses. Inventant la pasteurisation, mettant au point des vaccins contre plusieurs maladies, comme la rage en 1885, Pasteur est sans doute le scientifique qui a le plus contribué, par ses découvertes, à la lutte contre la morbidité et la mortalité, donc à l’amélioration des taux de survie et à l’augmentation de l’espérance de vie.

La deuxième méconnaissance est celle des capacités d’innovation suscitées par la croissance démographique. Ainsi, l’économiste danoise Ester Boserup (1910-1999), étudiant le développement économique et agricole,[31] réfute le principe de Malthus. Contrairement au principe de Malthus selon lequel les méthodes agraires engendrent une quantité de nourriture disponible, mais limitée, qui définit la taille de la population, Boserup démontre que c’est la pression démographique qui impose l’évolution des techniques agraires. En bref, « la nécessité est la mère de l’invention ». Selon Ester Boserup, la croissance de la population est le facteur déterminant des changements technologiques survenus dans l'agriculture. Pour Ester Boserup, dans le lien entre population et production agricole, la causalité est inversée et c'est la démographie qui explique les développements de l'agriculture. Ensuite, Ester Boserup montre qu'il existe un cercle vicieux lié à la faible densité de la population, qu'elle appelle la « trappe de faible densité de population », qui s'accommode d'une utilisation extensive du sol. Et si cette faible intensité perdure, rien ne vient justifier un usage plus efficient du sol. Seule la croissance démographique, en multipliant les besoins, peut créer les conditions rendant nécessaire une modification des méthodes culturales et mettant ainsi en route un processus de développement économique. La croissance démographique exerce une pression créatrice, contraignant et permettant simultanément (par l'afflux d'une main-d'œuvre nouvelle) les sociétés à modifier leur quantité de travail et plus encore leur productivité, c'est-à-dire leurs modes de production.[32]

La troisième méconnaissance est géographique : le concept de population mondiale n’a guère de pertinence scientifique compte tenu des considérables diversités spatiales des populations du monde.

Ainsi, des auteurs comme René Dumont, font songer au texte de la Genèse : l’impression est qu’ils ont mangé des fruits qui proviennent de l’arbre qui permet d’avoir da connaissance de ce qui est bon ou mauvais. En effet, Dieu prescrit à l’homme : « Tu pourras manger de tout arbre du jardin, mais tu ne mangeras pas de l’arbre de da connaissance de ce qui est bon ou mauvais ».[33]

Toutefois, bien que le passé ait prouvé que nombre de malheurs annoncés ne se sont pas produits, on s’interroge sur le futur qui annonce, à l’échelle mondiale, une poursuite, certes très ralentie, de la croissance démographique

Cinquième enseignement: les évolutions démographiques futures ne sont pas écrites

Depuis le début du XXIe siècle, le nombre de fois où un chiffre supérieur à 9 milliards d’humains pour 2050[34] a été cité est incalculable. En outre, dans la très grande majorité des cas, ce chiffre est annoncé sans recourir au conditionnel comme s’il était une certitude. Et l’on fonde en conséquence de nombreux raisonnement sur ce chiffre, qu’il s’agisse des besoins alimentaires futurs, des changements dans la distribution spatiale des populations selon les continents ou des migrations que ces changements pourraient provoquer. Or, le chiffre de 9 milliards n’est pas une prévision mais une projection. Elle ne pourrait se réaliser en 2050 que si les hypothèses formulées pour la calculer se concrétisaient. Certes, ce chiffre résulte d’un calcul fondé sur la connaissance de processus – comme celui de la transition démographique[35] – et de logiques – longue unité d’œuvre, logique de longue durée[36] – démographiques constatés. Toutefois diverses ruptures possibles font que pourraient se substituer à ce chiffre de 9 milliards d’autres résultats, comme par exemple 8 milliards d’humains en 2050 ou, au contraire, 11 milliards.[37]

La Terre ne comptera jamais 9 milliards d’habitants si elle connaît en moyenne un effondrement de la natalité,[38] une hausse des taux de mortalité et une baisse de l’espérance de vie. Ces deux dernières évolutions pourraient être engendrées par plusieurs risques. Le premier serait une nette aggravation de la sous-alimentation pour des causes diverses (conflits civils, guerres, qui désorganisent les économies, mauvaise gouvernance ou aléas climatiques), liée ou non à l’instabilité des prix des denrées alimentaires.[39] Un autre risque alimentaire tiendrait à la mal-alimentation, avec l’importance croissante de l’obésité, qui se trouve associé à un plus grand nombre de décès.

Un deuxième risque de surmortalité proviendrait d’une insuffisance sanitaire et hygiénique limitant les taux de survie, sans oublier des épidémies aujourd’hui inconnues que le monde ne saurait juguler, mais il faut y ajouter d’autres risques potentiels : l’incapacité des pays à gérer leur économie pour dégager suffisamment de moyens per mettant de financer la santé, tout particulièrement en raison du vieillissement de la population,[40] une évolution des comportements moins conforme à la nécessaire prévention sanitaire.., etc.

La surpollution se présente comme un troisième grand risque et un quatrième pourrait provenir de conflits meurtriers.

Ce qui précède montre que la projection à 9 milliards d’humains en 2050 n’est donc nullement une prévision mais une perspective conditionnée par de nombreux facteurs. Donc, considérant ce qui n’est que la projection moyenne de l’ONU, adhérer à l'affirmation suivante : « La population mondiale augmentera à 9 milliards en 2050 », revient inévitablement à admettre le syllogisme optimiste suivant: « La population mondiale va augmenter de 50 % au cours de la première moitié du XXIe siècle. Or, une telle augmentation de la population suppose des conditions économiques et sanitaires satisfaisantes. Donc au XXIe siècle, les conditions économiques et sanitaires seront satisfaisantes ».

À l’opposé, le monde pourrait connaître d’ici 2050 des ruptures engendrant une croissance démographique supérieure au scénario moyen, donc l’inverse des ruptures négatives. La fécondité pourrait remonter dans les pays en « hiver démographique » où elle est aujourd’hui nettement inférieure au seuil de simple remplacement des générations comme la Chine, le Japon, l'Allemagne ou l'Italie. Dans le même temps, l’espérance de vie pourrait s’élever également jusqu’à des ordres de grandeur nettement supérieurs à ceux du scénario moyen, en raison des ruptures suivantes par rapport à ce scénario moyen : des politiques permettant partout une nutrition suffisante et diverse avec une éducation à la santé assurant une alimentation équilibrée, couplée avec des modes de vie adaptés, faisant reculer l’obésité, les maladies cardio-vasculaires ou l’intensité de l’alcoolisme masculin ; la priorité donnée aux besoins sanitaires dans des pays où elle n’est pas instaurée ; meilleurs comportements hygiéniques ; nouveaux progrès médicaux permettant par exemple d’enrayer les cancers ; une amélioration significative de l’environnement pourrait s’avérer une autre rupture pour augmenter grandement l’espérance de vie ; la mise en place de réseaux d’eau potable et d’assainissement, nouvelles techniques favorables au développement durable ; des relations géopolitiques, internes et externes, écartant aussi bien les conflits civils que les guerres internationals.

Si une ou plusieurs ces ruptures se produisaient, le taux de mortalité serait plus faible dans le monde que ce que projette le scénario moyen, ce qui accentuerait la croissance démographique. Dans ce cas, la population mondiale en 2050 pourrait atteindre 11 milliards de personnes ou même dépasser ce chiffre.

Il résulte de l’analyse que, contrairement à l’affirmation fréquente d’un monde de 9 milliards d’humains à l’horizon 2050, l’avenir n’est pas écrit. Deux adjectifs permettent de le résumer : indéterminé, certain.

En premier lieu, le nombre futur d’habitants de la planète est indéterminé. Il pourrait être en 2050 entre 8 et 11 milliards, ce qui correspond donc à une large fourchette, mais il pourrait même se situer en dehors de cette fourchette en cas d’importantes ruptures par rapport aux hypothèses de fécondité et de mortalité des scénarios conduisant à ces chiffres.

Deuxième élément : il est certain que la géographie de la population en 2050 continuera d’être fort diversifiée, avec toujours des réalités locales très variées. Il n’y aura donc pas de mondialisation en démographie.[41] En effet, même si tous les pays avaient la même fécondité et la même espérance de vie, ces valeurs s’appliqueraient sur des pyramides des âges différentes, issues de leurs histoires démographiques différenciées et engendrant des résultats diversifiés sur le mouvement naturel auxquels il faut ajouter les effets variés des migrations internationales

Certes, nombre d’auteurs vantent certaines projections du passé dont le résultat s’est révélé semblable à un scénario central, comme le chiffre effectivement projeté de 6 milliards d’habitants atteints en 2000. Mais, la réalité géographique était fort différente car, en 2000, la répartition des hommes sur la Terre s’est révélée fort différente des projections faites un quart de siècle plus tôt. On peut donc se demander quelle est la pertinence d’une projection de la population mondiale selon l’hypothèse moyenne. En effet, les accroissements projetés s’avèrent, quelles que soient les hypothèses, très différents selon les pays, d’autant plus que, pour connaître la population projetée d’un pays quelconque, il faut ajouter aux hypothèses concernant la natalité et la mortalité une troisième sur le mouvement migratoire, tout aussi variable selon les pays.

Appréhender la géographie de la réalité démographique est plus important que de se polariser sur un chiffre global, puisque ce chiffre n’est que l’addition d’évolutions territoriales fort différenciées et qu’il ne doit pas masquer, par exemple, de considérables différences de densité. Comme les pays ont et auront des pyramides des âges fort différenciées, le chiffre mondial de 9,6 milliards résulte de taux moyens qui ne permettent pas d’appréhender la diversité du monde. C’est comme lorsqu’on croise deux personnes dont l’une pèse 120 kilos et l’autre 50 ; c’est absurde de dire que l’on a croisé deux personnes pesant en moyenne 85 kilos.

Sixième enseignement : assurer et entretenir une heureuse biodiversité nécessitent impérativement des réponses locales

La question de la biodiversité est globale dans la mesure où elle appelle des réponses à l’échelle internationale, voire planétaire. Par exemple, il faut empêcher les pêcheurs de certains pays d’aller surexploiter des mers ou des zones maritimes d’autres pays. De même, l’abus de certaines substances chimiques ou des procédés de production très polluants dans un pays peuvent avoir des conséquences sur les pays voisins, du fait des vents susceptibles de transporter de pollutions, et des conséquences pour l’ensemble de la planète compte tenu des émissions de CO2.

Toutefois, pour assurer une heureuse biodiversité, les prises de décision et leur mise en œuvre doivent s’effectuer à la meilleure échelle possible, afin de coller à la réalité du terrain. Citons par exemple la lutte contre les incendies, la lutte contre l’érosion par la réalisation de plantations et de terrasses, l’abattage groupé d’arbres,[42] la lutte contre l’abroutissement[43] (browsing), l’agriculture raisonnée,[44] biologique[45] ou durable.[46]

De même, la réussite de l’économie circulaire ou des circuits courts[47] ne peut résulter que d’initiatives locales. On voit ainsi des terres dont la biodiversité avait considérablement diminué sous l’effet d’une activité agricole de plus en plus tournée vers une monoculture dominante, retrouver une diversité grâce à la recréation de filières de production ou d’approvisionnement en produits locaux reposant souvent sur le choix volontaire d’une agriculture biologique.

Assurer, au niveau local, là où elle se pose, la question de la biodiversité suppose de faire reculer d’abord la pauvreté, d’agir sur le développement économique et social.

Conclusion

En conclusion, il importe d’abord de ne pas opposer la nature et l’homme. L’homme n’est pas opposé à la nature, il en est partie intégrante. Il ne faut pas parler en termes de confrontation homme/nature, mais de co-évolution. Pas de biodiversité sans hommes responsables.

Ensuite, la biodiversité n’est pas inversement proportionnelle à la densité de population. Selon les comportements de l’homme, des terres peu denses, voire inhabitées, peuvent voir leur biodiversité régresser, alors que des terres denses peuvent voir la biodiversité s’améliorer.

Troisièmement, il importe de conforter l’homme dans son rôle de jardiner, favorisant, dans son propre intérêt et dans celui de ses descendants, la biodiversité. Mais, pour que l’homme puisse remplir sa mission consistant, selon le souhait de Dieu dans la Genèse, à « cultiver le sol et le garder »,[48] il doit disposer de moyens, ce qu’il ne peut guère s’il est trop pauvre. C’est pourquoi, comme le précise le pape dans Laudato si, la priorité est de « résoudre les problèmes des pauvres ». Cela passe notamment et nécessairement par paix, car la guerre est toujours mère de pauvreté, par la sécurité alimentaire, par la lutte contre les mortalités infantile, infanto-adolescente et maternelle, ce qui sont les meilleurs moyens pour faire avancer la transition démographique dans les pays où la surmortalité est encore fort élevée. Ayant surmonté la pauvreté,[49] l’humanité saura mieux demeurer en coévolution avec la nature dans une logique de biodiversité. Car la biodiversité, la prise en compte de l’environnement, l’amélioration du cadre de vie, le reboisement, le création de parc naturels destinés à la récréation, au tourisme, à la préservation d’espèces ou des paysages spécifiques, sont inséparables du progrès économique et de l’élévation du niveau de vie.

 

[1] Contraction de biologique et de diversité, la biodiversité (« biodiversity ») se veut la mesure de la diversité des êtres vivants et des écosystèmes : la faune, la flore, les bactéries, les milieux mais aussi les races, les gènes et les variétés domestiques.

[2] Laudato si, 24 mai 2015.
[3] Conseil Pontifical «Justice et Paix», Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église, n. 483.
1895
[4] Un écosystème correspond à l’ensemble des populations (individus de différentes espèces) vivant sur une aire géographique délimitée.

[5] Paris, Masson, 1984, 1e édition.
[6] Le boisement des massifs dunaires, situés entre les étangs et la côte, est amorcé sous la direction de Brémontier. Au XIXe siècle, une loi de 1857 organise l’assainissement et le boisement en pins maritimes des landes insalubres de Gascogne sur 10 000 km2.
[7] Caractère ou propriété d’un sol qui conditionne le développement de la végétation.
[8] Hotyat, Micheline, « La forêt de Fontainebleau », in : Demangeot, Jean, les milieux « naturels » du globe, Paris, Armand Colin, 2000, 8e édition.
[9] Devenu village de peintres, il a donné son nom au XIXe siècle à l’école de Barbizon (Corot, Daubigny, Millet, Rousseau).
[10] Espèces qui supportent des conditions d’éclairement faibles, 
1895.
[11] Guérin, Jean-Claude, Le massif domanial de l’Aigoual cent ans après Georges Fabre, Rev. For. Fr., LXIII, 4, 2011.
[12] Le boisement des massifs dunaires, situés entre les étangs et la côte, est amorcé sous la direction de Brémontier. Au XIXe siècle, une loi de 1857 organise l’assainissement et le boisement en pins maritimes des landes insalubres de Gascogne sur 10 000 km2.

[13] Rossi, Georges, Sociétés rurales et environnement (éditions Karthala, 1998) ; L'ingérence écologique (CNRS éditions, 2000).
[14] Rossie, idem.

[15] Dumont, Gérard-François, « Population et nature : antagonisme ou concordance ? », in: Dasgupta Partha, Ramanathan Veerabhdran, Sánchez Sorondo Marcelo (Ed.), Sustainable Humanity, Sustainable Nature: Our Responsibility, Pontifical Academy of Social Sciences (PASS), Acta 19, Vaticana City, Libreria editrice Vatican, 2015.
[16] L’élévation du niveau trophique, ou eutrophisation, est l’enrichissement de l’eau en sels nutritifs d’azote (ammoniac, nitrites, nitrates) et de phosphore (nutriments). Il s’agit d’un « bloom » ou d’une augmentation forte de phytoplancton dans l’espace aquatique. Les effets environnementaux négatifs incluent l’hypoxie, la diminution d’oxygène dans l’eau, ce qui provoque une diminution des espèces de poissons et d’autres populations animales. Un milieu eutrophisé a atteint un niveau d’enrichissement tel que des dégradations ou des nuisances peuvent y être constatées (forte désoxygénation, étouffement des macro-algues, développement d’une forme de plancton étouffant les autres végétations, perte de biodiversité).
[17] Par exemple, un collecteur situé sous la route suivant le bord du lac, dans les zones urbanisées principalement, récupère les eaux usées de toutes les communes, villages et hameaux du bassin versant, pour les envoyer et les traiter dans une station d'épuration.

[18] De son côté, Thucydide (465?-403?) était plus perspicace en attribuant à Nicias, cherchant à remonter le moral des Athéniens en retraite pendant l'expédition de Syracuse, la phrase suivante : « Ce sont les hommes qui font une cité, non des remparts et des vaisseaux vides d'hommes » ; cf. Thucydide. Histoire de la guerre du Péloponnèse. VII, 77. Trad. Jacqueline de Romilly, Paris, Robert Laffont, 1990, p. 596.
 Observations naturelles et politiques faites d'après les listes de décès, 1663.

[19] Observations naturelles et politiques faites d'après les listes de décès, 1663.

[20] Op. cit.
[21] Op. cit., p. 114.

[22] Op. cit., p. 105.

[23] Et par le contexte de l’époque avec par exemple la peste de 1665, puis l’incendie gigantesque de 1666.
[24] L’agglomération de Londres compte, au début du XXIe siècle, vingt fois plus d’habitants qu’en 1662.
[25] Food and Agriculture Organization of the United Nations.
[26] Paris, Éditions du Seuil.

[27] Paris, Éditions du Seuil, 1973.

[28] Dumont, Gérard-François, « Nourrir les hommes, c’est possible ! », Population & Avenir, n° 689, septembre-octobre 2008. (www.population-demographie.org)
[29] Mao n’avait pas lu Montesquieu qui a écrit : « Les terres produisent moins en raison de leur fertilité que de la liberté des habitants ».

[30] Jenner dénomme « virus», d'après un mot latin qui signifie « poison », « venin », le facteur mystérieux de la vaccine. Après la découverte de Jenner, la pratique de la vaccination se répand en Europe et en Amérique, contribuant au recul des épidémies. Dès juillet 1800, aux États-Unis, un médecin, Benjamin Waterhouse, vaccine sa propre famille puis convainc l’année suivante le président Thomas Jefferson d'en faire autant. 80 ans plus tard, Louis Pasteur découvre les fondements théoriques de la vaccination. Aujourd’hui, les campagnes de vaccination contre la variole ont totalement éliminé cette maladie.
[31] Boserup, Ester, Les conditions de la croissance agricole (1965), traduction française, Paris, Flammarion, 1970.

[32] Wackermann, Gabriel (direction), Environnement et société, Paris, Ellipses, 2011.

[33] Traduction œcuménique de la Bible (TOB), Genèse, 16.
[34] 9,8 milliards en 2050 ; cf. Sardon, Jean-Paul, « La population des continents et des pays », Population & Avenir, n° 730, novembre-décembre 2016, www.population-demographie.org/revue03.htm

[35] Période, de durée (entre 50 et 150 ans environ selon les pays) et d’intensité variables (elle multiplie les effectifs de la population de deux à plus de sept), pendant laquelle une population passe d’un régime démographique de mortalité et de natalité élevées à un régime de basse mortalité, puis de faible natalité ; cf. Dumont, GérardFrançois, Les populations du monde, Paris, Éditions Armand Colin, 2004.
[36] Dumont, Gérard-François, « Démographie et rupture stratégique », dans : Entraygues Olivier (direction), La Rupture stratégique, Études de l’IRSEM, Paris, n° 48, février 2017.
[37] Dumont, Gérard-François, « Le monde en 2050 : 8 ou 11 milliards d’humains ?”, Mondes et cultures, Compte rendu annuel des travaux de l’Académie des sciences d’Outre-mer (ASOM), tome LXXII, 2012, volume 1.
[38] Donc bien en deçà de l’importante baisse, soit 45 %, du taux moyen de natalité dans le monde, enregistrée entre 1950 et 2010.
[39] Neu, Aurélien, « Alimentation de l’humanité et instabilité des prix des denrées alimentaires », Population & Avenir, n° 708, mai-juin 2012.
[40] Parant, Alain, « La protection sociale face au vieillissement », Population & Avenir, n° 700, novembre-décembre 2010.
[41] Dumont, Gérard-François, « La mondialisation s’applique-t-elle en démographie ? Tendances et perspectives pour le XXIe siècle », Population & Avenir, n° 691, janvier-février 2009.
[42] (group felling) Système sylvicole qui consiste à exploiter le bois mature en petits groupes d’arbres à des intervalles relativement rapprochés, sur des zones où la régénération est encouragée.

[43] Dégât causé à des végétaux, notamment aux tiges, bourgeons et écorces par des animaux qui s’en nourrissent.
[44] (integrated farm management) Système de production agricole dont l’objectif premier est d’optimiser le résultat économique en maîtrisant les quantités d’intrants, et notamment les substances chimiques (pesticides, engrais) dans le but de limiter leur impact sur l’environnement. Elle vise à adapter les apports en tenant compte des éléments présents dans le sol et du rendement potentiel de la plante.
[45] (organic farming, organic agriculture) Mode d’agriculture qui se caractérise principalement par la nonutilisation de produits chimiques et qui cherche à renouer avec des pratiques traditionnelles comme la jachère. Les producteurs de cette agriculture visent à labelliser leurs produits.

[46] (sustainable agriculture) Également appelée agriculture soutenable, elle est l’application à l’agriculture des principes du développement durable.
[47] (short route, short cycle) Circuit de distribution ne comportant qu’un nombre réduit d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur : vente directe sur l’exploitation agricole, sur un marché, vente collective, en tournée ou à domicile, etc. Il comprend également tous les systèmes de commercialisation ne comportant qu’un seul intermédiaire.
[48] Traduction œcuménique de la Bible (TOB), Genèse, 15.

[49] Cf. Dumont, Gérard-François, Quelles politiques contre la pauvreté ?, in : Inclusive solidarity and integration of marginalized people, Pontifical Academy of Social Sciences, 28-29 october 2016.

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